LA PAC EN DANGER! – Tribune de Guillaume Guérin

A l’heure où se joue dans un contexte économique et politique tendu la réforme de la politique agricole commune, il est de notre devoir d’élus régionaux d’informer nos concitoyens de l’enjeu qui pèse sur notre modèle agricole français.

Si la France entière applaudit aujourd’hui les fleurons de notre agriculture réunis porte de Versailles, et, si le salon se veut être la vitrine internationale de nos productions, la dure réalité qui touche nos campagnes, avec le suicide d’un agriculteur tous les deux jours, est tout autre.
A l’heure où la population mondiale explose et où il sera de plus en plus question d’autonomie alimentaire, une remise en cause de la politique agricole commune et un affaiblissement de son budget pour un pays comme le nôtre serait une pure folie.

Les préconisations de la commission européenne laissent songeur et doivent au-delà de nos divergences politiques tous nous interpeller. Le Brexit, ou encore l’établissement récent de nouvelles priorités pour l’Europe, comme la prise en compte des problématiques de sécurité et de défense ou encore le budget alloué à l’immigration ne doivent pas se faire au détriment du budget de la PAC. À ce jour, si le budget était voté en l’état selon les préconisations de la commission, la France perdrait près de 7 milliards d’euros de budget sur la période 2021/2027!

Une telle décision apparaitrait aux yeux de beaucoup comme une injustice supplémentaire portée à un monde rural désemparé, dont nos agriculteurs en sont les principaux acteurs, au risque même de sonner comme attaque supplémentaire envers cette France périphérique qui a déjà tiré la sonnette d’alarme au cours des prémices du mouvement des gilets jaunes… Une France oubliée, qui a le sentiment de payer pour tout et qui n’aura bientôt plus droit à rien, cette France si bien décrite par Houellebecq qui “subirait un plan social secret, invisible, où les gens disparaissent individuellement dans leur coin sans jamais donner matière à un sujet pour BFM”..

Les élus régionaux que nous sommes, forts de la richesse et de la complémentarité de nos territoires sur lesquels nous vivons, devons être les fers de lance de la protection de notre monde rural. La Nouvelle Aquitaine avec ses 12 départements, ses 4,2 millions d’hectares de surface agricole utile, ses très nombreux signes de qualité (41 indications d’origine protégée, 70 labels rouges, 16 appellations d’origine protégée…) font d’elle la plus grande région agricole de France mais aussi d’Europe. À ce titre, nous estimons que nous devons être proactifs dans la défense du budget de la PAC en interpellant le Gouvernement français sur le fait qu’il est de son devoir d’obtenir des autorités compétentes, le maintien du budget de la PAC pour la France sur la période 2021/2027. Tout en demandant que soit affirmé un principe de préférence européenne, seul gage d’une véritable sécurité alimentaire soucieuse des problématiques environnementales…

Effectivement, entre nous, à quoi serviraient les différents dispositifs régionaux d’aide à notre agriculture si le principal soutien que constitue cette PAC venait à leur faire défaut ? N’a-t-on pas eu suffisamment honte d’apprendre le gâchis de près de 700 millions d’euros d’aides européennes allouées à la France pour développer nos zones rurales, où plus de 5000 projets associatifs ou privés avaient été validés et où près de 97% d’entre eux attendent toujours le versement du premier euro de subvention ?

Ceci vous parait sans doute comme cela fut mon cas totalement incroyable et pourtant c’est une réalité, ce problème serait dû selon les autorités compétentes à un « cafouillage » entre l’État français et les régions, problème pour lequel l’Union européenne est, précisons-le, dédouanée de toute faute. Jusqu’en 2014, c’est l’État qui gérait les fonds leader, cette même année l’Etat a décidé de confier la gestion de ce fond aux régions ; lesquelles alors en pleine fusion n’ont pu faire face à cette nouvelle mission, le traitement des dossiers ayant pris énormément de retard, sans compter que l’Etat a gardé l’autorité sur le déclenchement des paiements. Pour couronner le tout, le logiciel qui gérait cela est resté en panne jusqu’en…2018.

Aujourd’hui, face à l’ampleur du fiasco, les régions de France assurent déployer les moyens nécessaires. Chez nous l’exécutif socialiste de Nouvelle Aquitaine assure à plusieurs médias qui ont relayé le scandale que 31 personnes ont été embauchées pour tenter de rattraper le retard et empêcher le retour de ces sommes, allouées à l’expéditeur, c’est-à-dire à Bruxelles… Ironie de l’histoire, la Roumanie par exemple, souvent regardée avec condescendance par ses « partenaires européens » a quant à elle dépensé toute son enveloppe et a même demandé une rallonge à Bruxelles… Les propos de T. Guignards, Président de leader France, qui représente les porteurs de projets, sont édifiants, je cite « on ne va pas quand même pas renvoyer les 700 millions d’euros à Bruxelles ».

Ici en Nouvelle Aquitaine, le groupe LR-CPNT interpellera prochainement l’exécutif pour avoir un point de situation sur le sujet. Dans le contexte social actuel, il est sans doute délicat de dénoncer pareille gabegie financière sur fond de mensonge par omission mais dans son « livre de Bord » Reverdy ne précise-t-il pas que « la réelle valeur de la vérité sur le mensonge (fut-il par omission) c’est qu’elle nous laisse plus à l’aise à l’égard de nous-mêmes et dans un état de plus grande liberté ».

Guillaume GUÉRIN


UMP Haute-Vienne